Soirée estivale sous le ciel de Haute-Vienne

Première partie.

 

Jour après jour, de l'aube jusqu'au crépuscule. 

Au fil des heures il naît, pousse, mûrit et se développe. C'est un pur prodige, un véritable miracle que seule la Nature est capable de créer. On pourrait presque en oublier son caractère mathématique et élémentaire. Lentement il grandit, s'épaissit, lentement il s'enveloppe de chair et de sucre. Et du matin au soir c'est le Soleil qui, sans répit, prend bien soin de lui, jusqu'au moment fatidique. Cet instant décisif où ce produit, à la fois unique et si sophistiqué, passe entre nos doigts pour ainsi être... cueilli. 

La vigne de Verneuil (image l'Astronome Eclipse)

 

Vue du site (image l'Astronome Eclipse)

 

Oui, ce soir là je suis en haut de cette colline où l'on trouve ces fameuses vignes, à Verneuil sur Vienne. Je suis là, au bord du champ, et j'observe les premières grappes de la saison. Et pendant que le seigneur du jour s'abaisse sur l'horizon, je contemple cette vaste étendue où le raisin doit foisonner d'ici quelques semaines à peine... ah, ce simple raisin... un maigre rayon de lumière passe encore au travers des feuilles, donnant au fruit un charme tout particulier. Ce beau raisin paraît si vivant, si fort en son cœur ! Comment un tel fruit peut-il me donner cette impression ? Pourquoi donc m'arrêtai-je sur cette chose si anodine ? Dame nature cherche peut-être à livrer ce raisin sous mes yeux afin de me rappeler qu'au fond d'elle-même, la vie n'est qu'une succession de singularités qui, si l'on y prête attention, demeurent pour le moins extraordinaires. On dit que l'existence n'a pas de sens, mais qu'en est-il alors de l'Univers ? Car l'Univers est rempli de vie. Non-pas qu'il contienne une multitude de civilisations (chose dont laquelle je suis convaincu, mais il ne s'agit pas de cela ici), mais plutôt qu'il incarne en fait tout une succession de singularités...

C'est donc cela le cosmos...

 

Tandis que ma fascination pour le raisin s'achève enfin, le Soleil ne se distingue déjà plus. Nous sommes le Mercredi 30 Juillet 2014. Ce soir le ciel brille de mille feux. Les étoiles ne scintillent pas, l'atmosphère semble stable et cristalline... quelle pureté ! Au fil des heures la Voie Lactée apparaît, et voilà que les constellations se confondent avec les grandes étendues stellaires de notre galaxie. Quel spectacle grandiose ! J'ose à peine imaginer que devant nous se dressent probablement des millions de mondes ! Qui sait... peut-être qu'autour de toutes ces étoiles gravitent des planètes abritant des écosystèmes plus inimaginables les uns que les autres ! Et comme je me plais souvent à le dire, un exo-astronome nous observe peut-être à l'heure actuelle, depuis « là-haut », se demandant ce que nous pouvons bien faire sur notre belle planète bleue ! Face à toutes ces étoiles, face à tous ces systèmes extra-solaires que nous ne voyons même-pas, face à ces mondes inexplorés et inconnus... je reste ébahi. Tant de beauté, tant de mystère...

 

Désormais, il n'y a que les étoiles pour nous éclairer. La Lune nous a quittés depuis un certain temps. Littéralement, nous sommes dans le noir ! A l'horizon, la faible lumière des villages lointains nous permet de deviner la silhouette formée par les rares reliefs des alentours. Notre point d'observation, situé en hauteur, nous donne l'impression de surplomber une immense vallée. En réalité, c'est surtout le lit de la Vienne que nous dominons, sans vraiment nous en rendre compte ! La rivière semble si éloignée que nous n'entendons pas le clapotis de l'eau ! A vrai dire, nous percevons plutôt le chant des grillons, et cette discrète mélodie paraît rassurante : la vie grouille autour des vignes, signe d'une faune bien présente, avec laquelle l'Homme cohabite en fait depuis toujours. Au milieu des tous ces êtres se trouvent nos instruments ; là, voici qu'une poignée d'aventuriers célestes se lancent à la conquête du cosmos ! Télescopes d'un côté, lunettes de l'autre, chacun d'entre nous s'est équipé comme il convient pour explorer les moindres recoins de l'univers. Dans un premier temps, je m'oriente vers le système solaire ; en début de soirée, j'avais déjà scruté la Lune mais celle-ci, bien trop basse sur l'horizon, ne présentait aucun intérêt ni aucun attrait digne de ce nom. Aussi Saturne allait-elle faire mieux, et ce fut d'ailleurs sympathique de la retrouver sous un aussi beau ciel. Mais ce soir-là, le système solaire accessible est limité, et rapidement nous quittons ce dernier pour aller observer des cibles plus lointaines... Mais bigre, le choix ne manque pas ! Quoi observer ? Que choisir ? Et dans l'immensité de la galaxie, comment ne pas s'égarer au détour d'un cheminement d'étoile à la suite d'une découverte fortuite ? Car au sein de la Voie Lactée comme ailleurs dans le ciel, les amas stellaires ne manquent pas. Les petites nébuleuses se comptent par dizaines... Le Sagittaire à lui-seul demeure si riche en objets célestes qu'il me faut un certain temps pour l'admirer dans sa totalité : La Trifide, la Lagune, la nébuleuse Oméga, et tous les autres objets du catalogue Messier... cette constellation regorge de trésors absolument splendides ! Certes, nous avons ici affaire à de grands classiques, mais je dois avouer que je ne m'en lasse pas. La quantité de lumière et le pouvoir de résolution qu'offre mon télescope – avec ses 102 modestes mais précieux millimètres de diamètre ! – s'avèrent suffisants pour résoudre les principaux objets. Si je me souviens bien, je n'ai pratiquement pas changé d'oculaire lors de mes observations du ciel profond. Le Vixen NLV 25 mm et le Meade Super-Plössl 32 mm série 4000 sont restés fort honnêtes et ont bien rempli leur rôle. Avec de faibles grossissements, j'ai pu contempler les étendues des amas et des nébuleuses dans leur intégralité. Bien que sa spécialité se situe généralement dans le domaine de l'observation planétaire, force est de constater que le Maksutov n'est pas inapte à l'observation de cibles faiblement lumineuses...

 

Après le Sagittaire, c'est au tour des autres constellations d'être admirées : le Cygne, la Lyre, l'Aigle, Andromède, Pégase, mais aussi celles dont j'ai finalement oublié le nom : car il faut le dire, l'appellation des constellations importe bien peu (pour une fois) par rapport à ce qu'on voit entre les étoiles !

 

En plus des astronomes, un petit groupe de randonneurs s'est joint à nous dès le début de la nuit. A ce propos, quelle tête n'ont-ils pas fait lorsqu'ils ont vu les instruments ! A Verneuil, les télescopes ne sont tout de même pas courants ! Mais ce soir la Société d'Astronomie Populaire de Limoges est là, et ensemble nous passons un agréable moment. A partir de maintenant, nos randonneurs peuvent se familiariser avec la science du ciel, et c'est pour eux une belle activité pour finir une journée à caractère initialement sportif !

 

Ô chère Uranie, en ouvrant les portes du cosmos aux astronomes, pensais-tu que certains hommes dussent parcourir de longs chemins pour ensuite accéder – sans le savoir – aux merveilles de l'univers ? Car c'est là ce qu'ont vécu nos « invités de dernière minute », et peut-être ont-ils succombé au charme de l'astronomie ! D'une étoile à une autre, de planète en planète, au cœur des nébuleuses les plus obscures, les observateurs de ce soir se plongent dans la plus belle chose au monde, dans le grand mystère de l'astronomie, cette science, cette passion, cette raison de vivre... comme un rêve sans limites, là où seule l'imagination permet de poser une frontière à l'idée que nous avons de l'infini, comme l'esprit d'un penseur qui s'enfonce toujours plus dans des idées foisonnantes et fécondes, prêt à s'attaquer à des énigmes insolubles, à l'image de tout être vivant avide de découverte et de savoir, ne craignant ni les lois de la physique ni l’œil d'un quelconque dieu, et tout cela pour le simple plaisir de dépasser le seul constat que fait l'astronome derrière son oculaire ! Oui, c'est bien cela ; l'observateur, frustré par sa condition de terrien, ne peut s'envoler pour explorer les mondes auxquels son télescope n'a pas accès. Il voudrait évidemment s'extraire de la gravité, pourquoi pas à bord d'un vaisseau, afin d'arpenter les galaxies... qu'importe si le danger le guette, le chemin à parcourir pour faire la lumière sur les secrets de l'univers reste si colossal qu'il est prêt à n'en faire qu'une partie, du moment qu'il transcende les modèles obsolètes de la science !

Voie Lactée (image l'Astronome Eclipse)

 

S'il fallait tout découvrir d'un seul coup, tout savoir et tout connaître, et si nous devions dévoiler au monde ce que la plupart ignorent, serions-nous véritablement des astronomes ? Non, car même si nous repoussons encore et toujours nos limites, nous restons des aventuriers, des explorateurs de l'infiniment grand. Il nous faut prendre garde aux tours que nous joue notre muse favorite ! Ah, divine Uranie, nous aurions pu basculer dans une folie dévastatrice, au point d'oublier sur quelle planète se posent nos pieds ! Cette gloire que nous attribuons à ton nom, ce prestige que certains d'entre nous accordent à la plus ancienne des sciences, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un divertissement pour l'existence. Que Pascal s'en réjouisse, nos sens nous trompent mais nous en avons conscience... 

 

Pour les personnes présentes sur le site d'observation, point de piège, point d'entourloupe. L'astronomie est une science, et toutes les questions n'ont pas encore leur réponse, pour le moment. Cela n'enlève rien à la magie qui s'opère dans les yeux de quiconque s'intéresse ne serait-ce qu'un instant à ce que montre un télescope. J'espère que parmi nos amis randonneurs, certains curieux auront plus tard envie de se lancer dans l'aventure de l'étude du ciel, par passion ou par métier...  

 

A suivre... 

30 Juillet 2014

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