Cantal

Le Cantal, terre d'enchantement...

Parfois, lors d'un voyage, il nous arrive de découvrir de fabuleuses régions, des lieux regorgeant de trésors, d'une beauté exceptionnelle. De tels endroits existent partout dans le monde, et la France n'en est pas exclue.

Oui, c'est en France que j'ai, encore une fois, trouvé un coin de paradis. Il n'y a pas besoin de chercher bien loin... je pense naturellement au Cantal!

Ah, le Cantal... ce pays auvergnat où chaque vallée renferme de véritables merveilles! Des châteaux, des forêts, mais aussi des montagnes et des rochers finement sculptés par les volcans! On y rencontre des chemins menant vers des contrées vertes et radieuses, pleines de vie, où les animaux côtoient l'Homme sans la moindre crainte, là où tout n'est qu'harmonie, au sein d'une campagne luxuriante! Il n'y a pas plus magnifique que cette province cantalienne... Plus fascinant encore: là-bas, le ciel n'est pas une simple étendue noire avec des étoiles. Non, c'est bien mieux que cela. La nature nous offre là une voûte céleste hors du commun, constellée à souhait, au milieu de laquelle la Voie Lactée se dévoile élégamment, comme un nuage cosmique qui s'étire à volonté du Nord jusqu'au Sud. Il n'y a pas de place pour les lumières parasites; Aurillac, ville lumineuse mais discrète, s'incline d'elle-même et retient ses rayons dès lors que l'astronome s'élève sur les crêtes et les monts du Cantal.

Les nuits se suivent, mais on ne sait jamais ce qui peut nous attendre sous le cosmos. Et bien, figurez-vous qu'à la veille de la première Nuit des étoiles 2012, je n'imaginais pas à quel point la soirée du 10 Août allait être l'une des plus belles que j'ai connu jusqu'alors! A l'occasion de mon séjour cantalien, j'avais songé à organiser une rencontre d'Astronomie avec les observateurs de la région. Avec une poignée d'astronomes, nous avons donc préparé une soirée d'observation qui devait se dérouler durant les Nuits des étoiles. Finalement, la date du 10 Août semblait parfaite. Mais qu'est-ce que la perfection d'une simple date en comparaison avec le spectacle céleste de ce soir-là!

Avec les habitués du Cantal, nous avions choisi de nous installer vers les hauteurs de la commune de Polminhac, sur le plateau de Fraysse del Miet. Là-haut, la vue était saisissante: on pouvait contempler les crêtes lointaines qui longeaient notre plateau, les villes les plus éloignées paraissaient minuscules alors que nous apercevions Rodez, et le panorama s'ouvrait à 360 degrés! A mon arrivée vers 20h30, et à ma grande surprise, il n'y avait pas de vent. A plus de 1000 mètres d'altitude, même l'humidité ne subsistait pas... les conditions demeuraient favorables, comme si la nature tenait à nous laisser nous aventurer dans le ciel sans le moindre désagrément. Après tout, nous devions accueillir le grand public, et il aurait été dommage d'observer sous un climat désagréable! Ainsi donc, les terres cantaliennes donnaient le meilleur d'elles: nous disposions d'un cadre paisible et serein sous des cieux cléments. Car il faut l'avouer: pas un seul nuage ne s'est montré!

Coucher de soleil cantalien (photo L'Astronome Eclipse)

Le temps, lui, continuait sa course; bientôt, le Soleil se couchait, nous souhaitant une bonne soirée avant de s'enfoncer dans les prés fleuris et fertiles. De sont côté, la Lune dormait encore. Gare à celui qui aurait osé la réveiller! Mais heureusement pour nous, le «radio-réveil lunaire» ne devait pas sonner avant 3 heures du matin...

Autour de nous, la vie s'éteignait. Tout paraissait inerte, figé, telle une gigantesque machine terrestre mise en arrêt après une longue journée d'activité. Sur la route, les derniers tracteurs roulaient à piètre allure; leurs vieux moteurs, épuisés, tremblaient encore et encore! Quelle triste figure faisaient-ils en passant devant nos beaux télescopes étincelants! Nous, les rois de la nuits, n'étions pas peu fiers de pouvoir arpenter l'Univers avec nos instruments, certains munis de lentilles, d'autres constitués de miroirs... petites lunettes compactes, télescopes de type Newton et Dobson, paires de jumelles, nous avions de quoi nous amuser! D'ailleurs, le public, s'élevant à une cinquantaine de personnes dont la venue s'est répartie sur l'ensemble la soirée, a eu la joie d'admirer les objets célestes les plus proches comme les plus éloignés: Saturne, Mars, Neptune, Uranus, mais aussi Andromède, l'amas d'Hercule, l'amas de Persée, et j'en passe! A l'Ouest, un fin triangle se dessinait au dessus de l'horizon: il se composait des planètes Mars et Saturne (respectivement en bas à droite et en haut du triangle), avec la brillante étoile Spica en bas à gauche.

Ah, Spica! Tu es tellement fière, avec ton éclat blanc! Dans notre ciel estival, tu ressembles à un phare qui s'effondre sur la ligne du monde, engloutissant avec toi les rayons lumineux que tu as pourtant émis il y a longtemps. Jamais ne cesseras-tu de nous captiver? Mais en ce grand mois d'Août, tu emportes tes amies planétaires au fin-fond du crépuscule, le temps d'une nuitée bien méritée...

Au fur et à mesure que le ciel s'assombrissait, la Voie Lactée se montrait timidement. Quelle stupéfaction! Notre bien-aimée semblait si détaillée, si précieuse! Ses contours, comparables à un voile de fumée, se distinguaient de mieux en mieux au fil des heures... Chère Voie Lactée, d'une teinte grisâtre, tu nous apparaissais parfois bleutée, ou même jaunâtre. Rêvais-je à chaque fois que je te contemplais? Certainement pas! Ton charme, d'ordinaire masqué par la puissante force des réverbères, se révélait ce soir à moi alors qu'il n'avait jamais vraiment disparu... Tantôt transparente, tantôt opaque, cette traînée laiteuse laissait voir quelques nébuleuses à l’œil nu. Les amas stellaires étaient également de la fête! A ce propos, tous les objets célestes du Sagittaire se voyaient aisément, sans l'aide d'instruments d'observation. A notre époque, c'est presque un miracle!

La galaxie d'Andromède, -une voisine, me direz-vous!-, se voyait facilement elle aussi, à tel point que la viser devenait un jeu d'enfant; A l'oculaire, on reconnaissait nettement sa forme ovale, et sa texture toujours nuageuse et cotonneuse prenait un aspect nébuleux, comme si les étoiles y avaient expulsé tout leur gaz dans l'unique but de nous empêcher de les voir! Mais détrompez-vous: M31 n'en était pas moins belle.

Les astronomes et leurs instruments (photo L'Astronome Eclipse)

Au cours de la soirée, de belles Perséïdes se sont invitées. Lumineuses, furtives, enflammées au point de disparaître avant même d'avoir le temps de siffler, ces étoiles incandescentes filaient à toute vitesse à travers l'espace! Tantôt rouges, tantôt bleutées, leur spectacle plaisait aux astronomes de passage. Elles surprennent tellement, et vont si vite! Ces Perséïdes sont décidément incroyables... on aurait d'ailleurs pu penser qu'elles provenaient de partout à la fois. Combien étaient-elles à embellir le ciel d'une heure à l'autre? 20? 30? 50? Des dizaines et des dizaines de perles flamboyantes que l'on ne comptait presque plus!

Comme des aventuriers, certains d'entre nous sont partis à la recherche de galaxies lointaines, très lointaines... il ne leur a pas fallu bien longtemps pour déceler quelques trésors: c'est dans un Dobson de 400mm que le célèbre Quintet de Stephan s'est révélé. Un groupe galactique discret, fondu dans la masse de l'Univers noirâtre, se dessinait finement au delà des astres, comme un ensemble de cellules encore blotties au sein d'un gigantesque corps cosmique, tout juste nées d'une mitose astronomique... Il y avait quatre ou cinq bulbes grisâtres, nébuleux et allongés, avec en leur centre respectif un cœur blanc intense dont les contours fusionnaient avec l'étendue brumeuse qui les entourait. Ces cinq galaxies paraissait vivantes et en mouvement, et faisaient penser à un éclatement que le temps aurait ralenti depuis plusieurs millénaires... mais vers où partent-elles? Veulent-elles vraiment s'éloigner? Et par dessus tout, quelles merveilles renferment-elles? Que cachent-elles en leur structure? Contiennent-elles des systèmes solaires comparables au nôtre? Ce sont probablement les réponses à toutes ces questions qui, si on les trouve, nous dévoileront un jour les secrets les plus enfouis et les mieux gardés de l'Univers...

Autour de notre site d'observation, les arbres et buissons s'écrasaient pour ne devenir que des masses sombres dont les formes se confondaient avec le sol... la nuit se poursuivait, et les constellations dansaient sans un seul faux pas. Rapidement, le ciel d'été laissait place au ciel d'automne... Oh, voici que vers 3 heures du matin, les Pléiades sortaient de leur cachette! Et par surprise, Vénus et Jupiter se levaient également! Hélas, l'horizon étant proche de ces objets, il était difficile d'obtenir des détails... Dans ma petite lunette, je suis quand-même parvenu à distinguer les bandes joviennes, ainsi que les grands satellites de la planète gazeuse.

Tôt ou tard, cette nuit d'observation allait s'achever. Une demi-heure après le lever des Pléiades, nous nous sommes peu à peu salués, et nous sommes finalement repartis sur la route. La nuit ne semblait pas terminée, et nos esprits encore orientés vers les étoiles ne voulaient pas se résigner à aller se coucher! Mais comment résister, avec tant d'heures d'observation et tant de belles images en tête! Une chose est certaine: cette soirée d'astronomie cantalienne se terminait avec succès. Certains astronomes, venus aussi bien d'Aurillac, de Maurs-la-Jolie, ou encore de Clermont-Ferrand ou d'un autre département comme la Corrèze, n'ont absolument pas regretté leur visite. D'autres, ravis d'avoir pu découvrir et tester du matériel d'observation, ont eu la joie de pratiquer l'étude du ciel sous un autre aspect que d'ordinaire... et par dessus-tout, ce sont d'agréables rencontres qui ont eu lieu.

Je crois qu'il est impossible d'ignorer la beauté du Cantal. Succomber à son charme et à la pureté de son ciel est un réel plaisir, et celui qui tenterait de ne pas tomber amoureux d'un tel pays n'est pas humain! Splendeur verte et fraîche le jour, spectacle étincelant dans une voûte d'un noir pur la nuit, le Cantal est un beau pays. 

Paysage cantalien (photo L'Astronome Eclipse)

Il n'y a que contemplation, et un ciel à couper le souffle... 




Je tiens à remercier tous ceux qui sont venus me rejoindre lors de cette soirée et avec qui j'ai passé un très bon moment. Il y a d'abord Elarwen, Nadav, Steven, mais aussi Domi et son épouse, avec le club Equinoxe, sans oublier Roger15 et son épouse avec qui j'ai pu échanger sur de nombreux sujets et partager la passion de l'astronomie. D'ailleurs, Roger, si tu me lis, merci beaucoup pour les deux rencontres que nous avons organisé; je suis très heureux d'avoir pu faire connaissance! Merci également à Tata Zize et JMDSomme pour les échanges téléphoniques.

Avec le concours de tous, nous avons pu faire cette soirée d'astronomie. Le succès qui s'impose me donne l'envie de refaire une telle soirée lors d'un prochain séjour cantalien...

A suivre!



Ce récit a été élu Meilleur CROA de l'année 2012 par la communauté astronomique Webastro.

Coupe prestige et luxe concours Top CROA 2012


×